Les premiers mots de Pauline Ferrand-Prévot à France TV après son sacre ont été :
« Je fais vraiment ce que j’aime, c’est ça le principal. Toute cette préparation ça a été dur, mais ça aussi été beaucoup de plaisir. J’ai vraiment appris à aimer me faire mal à l’entraînement et pour moi le plus beau ça restera cette préparation ; bien sûr [il y a] aujourd’hui, mais quel qu’aurait été le résultat aujourd’hui, j’aurais été contente de mon chemin jusqu’à ces jeux olympiques. »
Je me suis demandé : quel était son objectif ? De devenir enfin championne olympique, c’est certain. Mais aussi, on le comprend à travers ses mots, de prendre du plaisir tout au long de sa préparation. Autrement dit, le chemin était au moins aussi important que le but, et l’atteinte de ce but n’est qu’un « plus » à quelque chose qui était déjà ressenti comme bénéfique. Cet état d’esprit a sans doute contribué à sa performance exceptionnelle, lui permettant d’être dans un état d’esprit optimal entre envie et stress « positif ».
Ce discours laisse supposer qu’elle s’était préparée à tous les scénarios, dont l’échec (qu’elle a déjà bien connu), qui aurait sans doute provoqué énormément de déception, mais pas de frustration.
Ces deux émotions sont le fruit d’une situation rêvée mais qui ne se produit pas. La déception (constituée essentiellement de l’émotion primaire tristesse) est une émotion passagère, qui va s’atténuer au fil du temps. Tandis que la frustration est une émotion plus complexe, mélange de déception et de ressentiment, qui se renforce avec le temps. La situation rêvée était considérée comme nécessaire pour accéder à un état meilleur, voire comme la clé de la délivrance d’une situation vécue jusqu’à présent comme sacrificielle. Il y a un sentiment de déséquilibre, une tension qui n’a pas été « résolue » comme l’expriment les musiciens.
La déception fait partie de la vie, nous en avons tous connu, et en connaîtrons d’autres. Tandis que la frustration est un état désagréable, fruit de nos pensées et peu propice à la réussite future.
Pauline Ferrand-Prévot est un exemple supplémentaire qui nous montre comment le choix de nos objectifs est prépondérant dans la réussite de notre vie. D’une manière générale, certains d’entre nous sont boostés par des objectifs de résultats (un classement, un titre, un podium, etc), alors que ce type d’objectif provoque au contraire chez d’autres une pression ingérable. Mais sur le long terme, les personnes qui vont au bout de leurs rêves ont su se fixer plus d’objectifs de « manière » que de résultat, c’est-à-dire qu’ils ont accordé plus d’importance au chemin parcouru qu’à l’atteinte du bout du chemin.
En résumé :
Le cercle vicieux engendré par les objectifs de résultats : leur atteinte ou non ont une forte répercussion émotionnelle. L’échec provoque de la frustration, qui engendre du stress « négatif » pour la compétition suivante, lui-même facteur de contre-performance, et à long terme, de démotivation. Leur réussite amène du contentement et de la motivation à court terme. A utiliser donc, avec parcimonie et si possible avec un peu de recul.
Le cercle vertueux engendré par les objectifs de « manière » : le mode de vie choisi, la préparation à un évènement sont considérés comme bénéfiques, le jour J est déjà vécu comme une récompense quel que soit le résultat. Le stress est « positif », les conditions pour performer sont réunies, et le résultat, échec ou réussite, n’est pas assimilé à l’image que l’on se fait de soi. Leur atteinte peut être certaine. Cela engendre du plaisir, et à long terme du bonheur, de la confiance en soi, et de la motivation pour d’autres projets. Les objectifs de manière constituent le socle de notre personnalité en devenir. Leur multiplicité est garante d’un certain équilibre de vie.

